Certains plaisanciers déclarent avoir observé en mer, un marin tout d'orange vêtu, immobile sur le pont des navires de la Marine. Ils lui font parfois des signes de la main, espérant une réponse, mais celui-ci reste imperturbable, comme s'il montait la garde. Ce marin orange, c'est Oscar et il ne répondra jamais car c'est un mannequin. En effet, lorsque les bâtiments de la Marine s'entraînent à repêcher un homme tombé à la mer, on le remplace par Oscar qui a l'avantage de mieux résister au froid et d'avoir une flottabilité positive permanente.

Mais pourquoi s'appelle-t-il Oscar ? Tout simplement en référence au pavillon "oscar" du code international des signaux maritimes qui est hissé dans la mâture des navires pour signaler qu'un homme est tombé à la mer. Quant à la couleur orange, c'est pour le repérer plus facilement même par gros temps.

Article de Ph. B. paru dans Cols bleus - numéro #3132 - Décembre 2025-Janvier 2026

Des anecdotes qui font l'histoire

Mettre les voiles, avoir le vent en poupe, faire des vagues… De nombreuses expressions de marins font désormais partie du langage courant. Il faut dire qu’elles illustrent à merveille certaines situations du quotidien, non sans une pointe de poésie.

  • Être sur le pont : Quand un matelot est sur le pont, c’est qu’il est paré à l’abordage, prêt à agir. Dans la vie quotidienne, cela signifie “être à son poste”. Cette expression rappelle d’ailleurs la fameuse phrase “tout le monde sur le pont !” qui fait référence au combat naval. 
  • Mettre les voiles : Ici, pas de mystère. Cette expression, qui date des années 1900, signifie tout simplement “s’en aller discrètement”, comme un bateau qui hisserait ses voiles (sooooous le veeent 🎶) pour voguer vers de nouveaux horizons.
  • Cap sur… : À l’origine, l’expression “mettre le cap sur…” signifiait pour les marins “diriger le navire” vers une direction donnée. Appliquée à la vie de tous les jours, l’expression signifie donc “prendre une certaine direction”. 
  • Jeter l'ancre : Dans l’univers des pêcheurs et autres navigateurs, jeter l’ancre revient à immobiliser un bateau en jetant son ancre dans la mer. L’expression marine signifie donc, pour le commun des mortels vivant sur la terre ferme, s’installer quelque part. L’expression lever l’ancre quant à elle signifie l’inverse, à savoir “s’en aller”.
  • Prendre le large : Si elle est particulièrement courante aujourd’hui, cette expression ne date pas d’hier ! Dès le XVe siècle, on l’utilisait pour désigner les bateaux qui s’en allaient en haute mer, loin des côtes. Dans le langage courant, “prendre le large” signifie “partir”, un peu comme l’expression “mettre les voiles”.
  • Se faire mener en bateau : A priori, cette expression n’a aucun sens, et c’est normal. Elle doit son existence à une simple déformation linguistique ! Issue du Moyen-Age, l’expression faisait au départ référence aux bateleurs, ces saltimbanques connus pour leurs tours d’adresse. Mais avec le temps, le terme de bateleur s’est doucement confondu avec le mot « batelier », qui désigne le capitaine d’un navire fluvial. Résultat ? “Mener en bateau” signifie désormais duper quelqu’un, lui raconter des bobards.
  • Bon vent ! : Aujourd’hui, lorsqu’on s’exclame “bon vent !” à quelqu’un, c’est souvent une manière polie de signifier “bonne route !” ou “bonne continuation”.  Mais à l’origine, on dégainait cette expression aux marins pour leur souhaiter d’avoir une météo clémente. Elle était donc à prendre au mot... Ehhhhh oui, car seul un bon vent peut assurer une navigation sûre et agréable aux matelots !
  • Avoir le vent en poupe : Si vous êtes, comme nous, l’enfant spirituel de Jacques Cousteau, vous le savez déjà : le terme “poupe” désigne l’arrière d’un bateau. Lorsqu’un bateau à voile a le vent en poupe, cela signifie donc que le vent facilite sa navigation, puisque le voilier est propulsé en avant grâce au vent qui souffle de l’arrière. Le sens figuré, nous le connaissons aujourd'hui ! Avoir le vent en poupe, cela veut dire réussir ou être tendance - en fonction du contexte.
  • Arriver à bon port : Après avoir bénéficié d’un bon vent, un bateau arrive à bon port. Logique ! On comprend donc aisément que cette expression, qui date du XIVᵉ siècle, signifie “atteindre sa destination” ou, plus généralement, son objectif.

  • Faire avec les moyens du bord : Dans l’univers de la marine, cette expression prend tout son sens. En effet, les navigateurs sont souvent amenés à se débrouiller avec les seules ressources dont dispose leur équipage. Dans la vie courante, cela implique donc de se débrouiller avec ce qu’on a.

Expressions de marins liées à la navigation ⚓️

  • Être dans les parages : Lorsqu’on cherche un objet qui se trouve dans les parages, cela signifie qu’il se trouve à proximité. Mais à l’origine, le mot parage (au singulier) désignait un espace maritime situé près d’une terre.
  • Être dans une mauvaise passe : Ou, autrement dit, traverser une période difficile. Pour un navigateur, l’expression signifie “être au creux de la vague”, qui rime avec chute - contrairement à la crête de la vague, qui symbolise l’élan et l’énergie.
  • Marin d'eau douce : Si, un jour, on vous traite de marin d’eau douce, moussaillon, ce n’est certainement pas pour vous flatter ! Par définition, un marin d’eau douce est un amateur, puisqu’un vrai marin navigue en mer : il affronte la houle et traverse les océans. L’expression désigne donc quelqu’un d’inexpérimenté.
  • Veiller au grain : Si l’expression signifie aujourd’hui “être prudent”, elle fait surtout référence au domaine maritime. En effet, au XIXe siècle, on désignait par “grain” une tempête imprévisible nécessitant une grande vigilance.
  • Être au taquet : L’expression signifie généralement que l’on se donne à fond. Chez Pimpant par exemple, on est tous au taquet pour vous proposer le meilleur des produits rechargeables ! Mais qu’est-ce qu’un taquet ? Dans l’univers de la navigation, le taquet est un dispositif permettant de maintenir le cordage d’un navire à une certaine position.
  • Prendre une biture : ou, autrement dit, boiiiire tout son soûl ! Une expression qui tire une fois de plus son origine de l’univers marin (ils sont fous ces pirates !). Par « biture », on désigne en effet un câble qui se déroule lors du mouillage de l’ancre. On peut donc supposer qu’il faut être à quai pour prendre la biture. Et si l’on est à quai, on peut donc boire (ils ont de la suite dans les idées ces Bretons !).
  • Virer de bord : comprendre par là changer de direction, faire demi-tour.

Expressions marines en rapport avec l'océan 🌊

  • Ce n'est pas la mer à boire : Popularisée par Jean de la Fontaine au XVIIe siècle, cette métaphore un poil exagérée invite à relativiser. Peu importe la tâche qui nous impressionne, elle n’est pas impossible.
  • Faire des vagues : Par définition, une vague est exubérante, imposante, parfois même déchaînée. Lorsqu’on fait des vagues, on génère de l’agitation, donc.
  • Vieux loup de mer : L’expression désigne un marin expérimenté, qui en a dans la bouteille. C’est tout l’inverse du marin d’eau douce quoi. Le vieux loup de mer a mené sa barque, parcouru l’Atlantique, le Pacifique. Dans la vie de tous les jours, on désigne par vieux loup de mer un homme endurci et expérimenté.
  • Aller à contre-courant : Une expression au sens assez transparent, qui signifie que l’on défie la tendance générale. Dans l’univers aquatique, un contre-courant est un courant marin secondaire qui s’oppose au courant principal.
  • Naviguer en haute mer : Lorsqu’un marin navigue en haute mer, celle-ci s’étend à perte de vue. Il n’y a pas de rivage à l’horizon. Cette navigation s’oppose à la navigation côtière.
  • Promettre mer et monde  : C’est un peu la variante maritime de l’expression promettre monts et merveilles. Dans les deux cas, il s’agit de promettre des choses extraordinaires, mais pas forcément réalisables.

L'âme des marins en mélodies

Les chants de marins, ou shanties, étaient bien plus que de simples divertissements ; ils rythmaient le travail à bord, soulageaient la peine et maintenaient le moral des équipages. De 'Santianna' à 'Le Forban', chaque chanson raconte une partie de la vie en mer, de ses joies et de ses peines.

  • À Brest la jolie
  • À Dunkerque nous sommes débarqués (chant à hisser)
  • À hisser le foc (chant à hisser, Michel Tonnerre)
  • À l'abordage (Rohan Le Barde)
  • À l'arsenal ! (Henry Girou)
  • À la Saint-Nicolas (P. Le Coustumer)
  • À La Rochelle vient d'arriver
  • À Lorient la jolie
  • À Lorient vient d'arriver
  • À quinze ans
  • À Saint-Malo beau port de mer.
  • À Saint-Malo de grands voiliers (Yves Moreau)
  • À une quette
  • Au large de Douarnenez (Jean Paul Ferrec)
  • Achab (Nordet)
  • Adieu cher camarade (chant de gaillard d'avant), repris par Marc Orgeret. Une variante de Guy Béart de ce chant est Le Sort des matelots
  • Adieu Diego
  • Adieu foulards / Adieu Madras, adieu foulards
  • Adieu Recouvrance (Louis Le Cunff, L. Merer)
  • Allons à Messine (chant de gaillard d'avant)
  • Allons-y les gars ! (Roger Briand)
  • Amsterdam (Jacques Brel - 1964)
  • L'Angelus de la mer
  • L'Artillerie de Marine
  • Au 31 du mois d'août
  • Au café du port (Gérard Jaffrès - 1989)
  • Au fait du mât / Au fait du mât d'misaine
  • Au fond de l'océan / Tout au fond de la mer
  • L'Auberge de la fille sans cœur (Jean Villard, chanson popularisé par Édith Piaf)
  • Aux sombres héros de l'amer (Noir Désir)
  • Avec Jean Bart
  • Les Avisos escorteurs
  • Le Bateau chargé de blé / Devant Bordeaux est arrivé
  • Le Beau Scaphandrier
  • La Belle barbière
  • La Belle Françoise
  • Le Bidon
  • La Blanche Hermine (Gilles Servat)
  • La Boiteuse / Quand la boiteuse va-t-au marché : Chant paillard repris par Marc Orgeret
  • La Bordelaise
  • Le Bory, le bateau
  • Le Branle-bas de combat
  • Brassons bien partout carré (chant à virer)
  • Brave marin revient de guerre
  • Brest (Miossec, 2004)
  • Chants relatant l'accident du Bugaled Breizh en 2004 :
  • Ils étaient cinq marins sur le Bugaled Breizh, du groupe Pavillon noir
  • Bugaled Breizh, de Nolwenn Korbell
  • Le Bugaled Breizh, du groupe Avurnav